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Recherche : Synthèse d’analyse du rapport Inserm

« Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose »

Par Antoine Bioy
Professeur de psychopathologie et psychologie médicale (Université de Bourgogne) – Docteur en psychologie clinique

L’unité Inserm U669, dirigée par le Pr. Bruno Falissard, s’intéresse aux problèmes de santé mentale dans une perspective de santé publique.

A la demande du ministère de la Santé (Direction générale de la Santé), cette unité de recherche a pour mission d’évaluer diverses pratiques thérapeutiques dites « non conventionnelles ». Elle a déjà publié plusieurs rapports (mésothérapie, chiropratique, biologie totale, ostéopathie, auriculothérapie, acupuncture…).

Ce nouveau rapport porte sur l’hypnose, et a été essentiellement conduit par Juliette Gueguen (médecin de santé publique, ingénieur méthodologiste). Il s’agit d’une somme de plus de 200 pages faisant le point sur la littérature scientifique portant sur l’efficacité de l’hypnose. La portée de ce rapport est importante puisqu’il s’agit d’un rapport officiel remis à la Direction générale de la Santé. Elle concerne l’hypnosédation, l’hypnoanalgésie et enfin l’hypnothérapie (et ses trois grandes écoles : classique, éricksonienne et hypnoanalyse). Quel est son contenu ?

La partie portant sur une analyse scientifique de la littérature est particulièrement bien menée, à partir de six revues Cochrane[1] et 80 revues systématiques ou méta-analyses issues de la banque de données Medline. Un lecteur assidu de ces pages y retrouvera les conclusions dont nous nous sommes déjà fait l’écho, à partir des études cliniques menées dans le cadre de l’Evidence Based Medecine.

– Des bénéfices réels sont à attendre de l’hypnose sur la douleur et l’anxiété dans le cadre des interventions chirurgicales, les actes de médecine et de radiologie interventionnelle.

– En douleur chronique, c’est le champ de la colopathie fonctionnelle qui reste le domaine où les effets semblent les plus évidents.

– Dans les autres domaines (dont la tabacologie), les résultats sont décevants ou non concluants du fait de la variabilité des  méthodes, des publics concernés…

Un atout de ce rapport est de mettre en relief à la fois les biais méthodologiques des études retenus en même temps que les limites des critères d’étude retenus (critères pour le moins stricts : études contrôlées, essais randomisés, plus de 100 sujets inclus, de 2000 à 2014). Les auteurs mettent bien en évidence l’intérêt qu’il y aurait à une approche plus qualitative du phénomène hypnotique pour compléter, et discussion des résultats de façon plus exacte et exhaustive. Là aussi, c’est un plaidoyer que nous avons déjà eu dans ces pages et donc nous acquiesçons sans réserve. Une approche plus phénoménologique et incluant un regard sur l’intersubjectivité mobilisée en hypnose permet d’aller au-delà de la simple question de l’efficacité et d’aborder aussi les effets de l’hypnose, sa dynamique de travail. Ce rapport ne peut pas rendre compte de cela car il assimile l’hypnose à une thérapeutique médicamenteuse et n’exploite que les bases de données médicales alors qu’il aurait été aisé de prendre également celles de sciences humaines (comme PsycInfo, base de données scientifiques internationales) qui précisément donnent une place aux approches qualitatives scientifiquement validées.

Autre limitation assez peu compréhensible, celle de ne considérer dans l’état des recherches en France que les études financées par le système public et là encore uniquement dans le champ de la médecine et pas du tout de la psychologie ou plus largement des sciences humaines. Ainsi, toute la dynamique des travaux français actuels est passée sous silence (recherches, thèses…) alors qu’elle n’a jamais été aussi importante dans le domaine des sciences humaines.

Si le rapport propose une analyse fine des connaissances à propos de l’efficacité de l’hypnose essentiellement en médecine et en médecine somatique en particulier, il pèche de façon importante quant à l’état des connaissances en hypnose de façon plus générale et des phénomènes qu’elle recouvre. Ces aspects mêlent dans le rapport essentiellement des données de conférences et d’ouvrages, et curieusement oublient dans ce cadre les études scientifiques permettant de donner des caractéristiques fiables de l’hypnose et de ses manifestations. Il en découle une partie très brouillonne, parfois peu compréhensible, qui se paie le luxe également de faire un rapprochement peu compréhensible avec l’EMDR. Pourquoi peu compréhensible ? Car le seul argument est que l’EMDR inclut « des techniques issues de l’hypnose ». Certes, mais la sophrologie aussi, la PNL, la relaxation psychosomatique, etc. Alors pourquoi aborder l’EMDR en même temps que l’hypnose et de le faire d’ailleurs de façon sans doute un peu honteuse car cette méthode n’est même pas citée dans le titre du rapport ? Si des ponts évidents existent (comme avec d’autres méthodes et l’hypnose, nous l’avons dit), ce rapprochement non seulement se justifie peu (pas les mêmes bases scientifiques ni méthodologiques) mais rend les choses encore plus obscures.

Bref, le rapport propose une analyse bien menée dans des limites cependant trop importantes pour rendre pleinement compte de l’intérêt du phénomène hypnotique en médecine. L’exclusion des sciences humaines appauvrit beaucoup la portée du rapport qui par ailleurs présente d’une façon très malaisée les bases générales de l’hypnose. La juxtaposition EMDR/hypnose est ici peu compréhensible et en tout cas très mal amenée et argumentée. Enfin, une ouverture a été faite sur la « sécurité de l’hypnose » (effets secondaires, etc.) qui là encore n’est pas logique au regard de ce qu’est l’hypnose (l’assimilation à une thérapeutique médicamenteuse est vraiment très limitante). Elle permet cependant de rappeler que l’usage thérapeutique de l’hypnose, lorsqu’elle est pratiquée par un professionnel de santé formé, est considéré comme étant sûr (et que la pratique par des non-professionnels du champ de la santé relève juridiquement de l’exercice illégal de la médecine et donc condamnable sous ce motif).

Gueguen J., Barry C., Hassler C., Falissard B. « Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose », rapport Inserm remis à la DGS, mai 2015.

[1] Cochrane est une organisation internationale à but non lucratif qui conçoit et maintient à jour des revues systématiques d’essais randomisés sur les traitements de soins de santé.

Lire le rapport de l’INSERM


HTB-38-100Article paru dans la revue hypnose et thérapies brèves n°38
Août / Septembre / Octobre 2015
En savoir plus sur ce numéro

 

 

 

 

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Dernière modification : 12 décembre 2017
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