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Recherche : De la douleur vers l’endormissement

Par Antoine Bioy, Expert Scientifique de l’IFH
Professeur de psychopathologie et psychologie médicale (Université de Bourgogne) – Docteur en psychologie clinique

Commençons en signalant que l’intérêt de l’hypnose en douleur continue de se confirmer : Tan et ses collègues (2015) abordent le chapitre des dorsalgies chroniques. Trois groupes sont constitués (séances sur 3 mois) :

– 8 séances de biofeedback ;

– 8 sessions d’apprentissage de l’autohypnose ;
– 8 sessions d’apprentissage de l’autohypnose avec des enregistrements d’aide pour les sessions à domicile ;
– 2 sessions d’apprentissage de l’autohypnose avec des enregistrements d’aide pour les sessions à domicile et un appel téléphonique par semaine pour rappel des exercices à effectuer.

A 3 mois, tous les groupes ont montré des bénéfices sur l’intensité de la douleur, le poids de la douleur sur les activités quotidiennes et enfin la qualité de sommeil. L’hypnose avait des meilleurs effets que le biofeedback, mais aucune des 3 variantes d’autohypnose n’a montré une efficacité sur les deux autres. A 6 mois, plus de la moitié des participants ont encore un bénéfice à plus de 30 %. La meilleure façon est donc celle qui conviendra au patient dans l’absolu.

L’équipe de Faymonville (Vanhaudenhuyse et al., 2015) publie les résultats du modèle biopsychosocial qu’elle applique dans la prise en charge du patient douloureux chronique : approche physiologique, d’éducation thérapeutique, d’autohypnose et d’apprentissage du « prendre soin de ça ». Cette étude concerne 527 patients, douloureux chroniques depuis en moyenne 10 ans. Ils bénéficient de 20 sessions sur 9 mois (dont 6 d’apprentissage de l’autohypnose). Les résultats sont très positifs tant concernant la douleur que les aspects psychologiques en lien. Une jolie illustration de l’approche complémentaire et intégrative en douleur chronique.

 Au chapitre « neuro », l’hypothèse d’une suggestibilité en corrélation avec la neuroanatomie devient de plus en plus consistante. Ainsi, McGeown et coll. (2015) montrent qu’elle est associée au volume de matière grise dans le cortex temporo-occipital gauche. La relaxation n’intervient pas dans cette localisation, et la suggestibilité semble indépendante de la matière blanche. Mais surtout l’appréciation du niveau de profondeur de la transe ne semble pas obéir aux mêmes activations (plus la partie antérieure du mode par défaut). Autrement dit, l’appréciation de la profondeur hypnotique n’est pas forcément avec les capacités réelles d’hypnotisabilité du sujet (et explique qu’un patient faiblement hypnotisable peut néanmoins connaître des expériences d’hypnose profonde).

Mettons en parallèle cette étude avec le fait qu’en vieillissant, nous perdons notre matière grise, ce qui expliquerait que les études montrent une hypnotisabilité qui décroît avec l’âge (cf. Hilgard et successeurs) mais que l’hypnose, en tant que processus et expérience, est tout aussi possible qu’avec un patient plus jeune. D’autant que Luder et coll. (2015) ont montré que la méditation semble ralentir le vieillissement du cerveau (diminution moins rapide de la matière grise avec le temps). L’hypnose dans sa variante « mindfulness » pourrait donc sans doute arriver au même résultat et permettre de lutter contre la diminution de l’hypnotisabilité.

Au chapitre des synthèses de qualité, signalons celle de Frischholz sur les liens entre hypnose, hypnotisabilité et placebo (2015). Evidemment, les études ne concluent pas sur tout. Ainsi, si l’hypnose montre dans ses effets une supériorité sur le placebo dans bien des domaines (avec une mobilisation des voies neurophysiologiques globalement différentes), pour autant la question de savoir s’il existe un lien entre hypnotisabilité et « bon répondeur » au placebo reste ouverte, tout autant que le fait de savoir jusqu’où vont les liens certains entre effet placebo et hypnothérapie. Sujet épineux, qui sera néanmoins à développer.

Enfin, terminons par la question de l’endormissement : un travail en pleine conscience semble améliorer durablement le sommeil. Ainsi, Black et son équipe (2015) ont étudié cette approche auprès de 49 participants présentant des troubles du sommeil en début d’étude. Le Pittsburgh Sleep Quality Index (PSQI) a permis de mesurer l’évolution : si un léger effet placebo se retrouve dans le groupe témoin (environ 10 % d’amélioration), la pleine conscience permet, elle, d’atteindre les 30 % de gain vers un sommeil régulier et de bonne qualité réparatrice. De façon corrélative, ce groupe a également montré moins de signes de dépression, et une qualité de vie meilleure. Par contre, les chercheurs ne notent pas de différence entre les deux groupes concernant leurs niveaux d’anxiété, de stress ou de signes d’inflammation.

Plus spécifiquement concernant l’hypnose, Cordi et coll. (2015) montrent qu’une simple suggestion pré-endormissement de profondeur de sommeil permet non seulement d’améliorer le sommeil ondes lentes chez les patients âgés, mais aussi leurs mobilisations cognitives au réveil. Alors… dormez, pour être mieux !

Bibliographie

– Black D.S., O’Reilly G.A., Olmstead R., Breen E.C., Irwin M.R. (2015). « Mindfulness Meditation and Improvement in Sleep Quality and Daytime Impairment Among Older Adults With Sleep Disturbances ». A Randomized Clinical Trial. JAMA Intern Med. doi : 10.1001/jamainternmed.2014.8081
– Cordi M.J., Hirsiger S., Mérillat S., Rasch B. (2015). « Improving sleep and cognition by hypnotic suggestion in the elderly ». Neuropsychologia 69 : pp. 176-182.
– Frischholz, E.J. (2015). « Hypnosis, hypnotizability, and placebo ». American Journal of Clinical Hypnosis, vol. 57(2), Apr. 2015, pp. 165-174.
– Luder E., Cherbuin N., Kurth F. (2015). « Forever Young(er): potential age-defying effects of long-term meditation on gray matter atrophy ». Front. Psychol., doi: 10.3389/fpsyg.2014.01551
– McGeown W.J., Mazzoni G., Vannucci M., Venneri A. « Structural and functional correlates of hypnotic depth and suggestibility ». Psychiatry Research: Neuroimaging. Vol. 231(2), Feb. 2015, pp. 151-159.
– Tan G., Rintala D.H., Jensen M.P., Fukui T., Smith D., Williams W. « A randomized controlled trial of hypnosis compared with biofeedback for adults with chronic low back pain ». European Journal of Pain. Vol. 19(2), Feb. 2015, pp. 271-280.
– Vanhaudenhuyse A., Gillet A., Malaise N., Salamun I., Barsics C., Grosdent S., et al. « Efficacy and cost-effectiveness: A study of different treatment approaches in a tertiary pain center ». Eur J Pain. 2015 Feb. 24. doi : 10.1002/ejp.674.


 

HTB-37-50Article paru dans la revue hypnose et thérapies brèves n°37
Mai / Juin / Juillet 2015
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Dernière modification : 29 juin 2015
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