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Recherche : L’hypnose dans tous ses états

Par Antoine Bioy, Responsable Scientifique de l’IFH
Professeur de psychopathologie et psychologie médicale (Université de Bourgogne) – Docteur en psychologie clinique

cerveau-recherche-250Au chapitre de la validation des effets de l’hypnose, Tan et al. (2014) confirment chez des patients dorsalgiques l’intérêt de l’autohypnose (2 sessions d’apprentissage, un support audio d’entraînement chez soi). Ils dressent même une équivalence : 2 sessions d’autohypnose = 8 sessions d’hypnose. Les effets sont toujours présents à six mois. Attention cependant, en pratique clinique, que ce qui soit proposé au patient fasse l’objet d’une vraie réflexion sur les options thérapeutiques, car la clef de prises en soins restent évidemment dans cette adéquation.
Citons également l’étude de Holdevici (2014) qui montre les effets bénéfiques de l’hypnose sur les insomnies primaires mais aussi secondaires à des troubles anxio-dépressifs. Ces effets sont analogues à ceux d’une psychothérapie de même durée utilisant des techniques de relaxation. La question qui se pose est donc de savoir quels éléments seraient dans ce cas discriminatifs d’une approche ou de l’autre. Toujours au chapitre des pratiques cliniques, la pratique de l’hypnose en médecine respiratoire pédiatrique est bien argumentée par McBride et al. (2014), et notamment la nécessaire place de l’autohypnose en articulation avec une approche psycho-pédagogique.
Et si l’hypnose améliorait la formation des chirurgiens ? Non, pas encore sur leurs compétences communicationnelles, mais sur leurs aptitudes techniques. Ainsi l’équipe de Skora a proposé un programme d’entraînement mental facilité par hypnose et qui a montré des résultats au simulateur supérieurs à celui d’une simple réalisation d’acte, toujours au simulateur, dans un cadre relaxant. C’est ce dernier point qui est intéressant, car s’il est connu que l’apprentissage est facilité par un climat d’attention et de relaxation, quelque chose semble ici jouer en plus et qui serait propre à l’expérience hypnotique. Reste à découvrir quoi ; nous pensons pour notre part qu’un contrôle sur la nomination (dire qu’il s’agit d’hypnose ou non) serait intéressant car la variable « représentation magique » pourrait jouer (en accord avec d’autres recherches portant sur cette dimension).
Abordons maintenant une étude qui ne relève pas directement du champ de l’hypnose, mais qui nous paraît pleine d’enseignements pour notre discipline. Wilson et collaborateurs (2014) demandent à 190 participants de s’asseoir et de ne rien faire (entre 6 et 15 minutes selon les modalités de l’étude). Résultat : si près de 60 % la trouvent difficiles, près de la moitié (49,3 %) trouvent l’expérience très déplaisante. Tellement pénible que 67 % des hommes et 25 % des femmes vont préférer s’infliger un choc électrique plutôt que de rester plongés dans leurs pensées… Aussi, on peut penser que d’une part ce que l’on a nommé un temps « hypnose sèche » peut être très inconfortable pour les patients (hypnose sèche : maintien dans un état hypnotique sans suggestion, après induction). Mais aussi qu’il peut être utile de donner une tâche même simple aux patients lors des premières inductions hypnotiques, plutôt que de les laisser simplement éprouver l’état hypnotique et la plongée dans leurs propres pensées, sans support. Cela peut permettre de progressivement familiariser les patients avec le laisser-aller, y compris des pensées.
Notons une excellente synthèse de la littérature (études comportementales, électrophysiologiques et de neuroimagerie) par Vanhaudenhuyse, Laureys et Faymonville (2014). Ils rappellent que les changements en hypnose concernent tant le réseau interne (conscience de soi) qu’externe (conscience de l’environnement). Ceci grâce notamment à des mobilisations cérébrales dont les cortex cingulaires antérieur et frontal, les ganglions de la base et le thalamus. Enfin, les auteurs rappellent l’intérêt de l’hypnose combinée à une anesthésie locale et une sédation consciente en chirurgie (amélioration péri et postopératoire du confort des patients et des chirurgiens), là où les « simples » suggestions d’analgésie et d’anxiolyse semblent moins pertinentes (Kekecs et al., 2014). Une jolie revue de la littérature concernant spécifiquement le cancer du sein est proposée par Cramer et al. (2014). Enfin, les auteurs soulignent la grande avancée expérimentale actuelle : l’utilisation de l’hypnose pour créer des symptômes de conversion et de dissociation chez des sujets sains, ce qui permet de mieux décrire et parfois comprendre ces manifestations psychopathologiques. A ce sujet d’ailleurs, un modèle de compréhension émerge impliquant notamment les zones préfrontales ventromédianes, le précuneus et peut-être d’autres structures limbiques dont l’amygdale (Vuilleumier, 2014). Connors et son équipe (2014) propose de façon argumentée que l’hypnose serve à la compréhension d’un nouveau signe clinique : la mauvaise reconnaissance de l’image de soi dans un miroir (en lien avec la schizophrénie, par exemple). On peut aussi penser que les suggestions utilisées pourraient permettre une amélioration de ce trouble cognitivo-affectif. De simples suggestions autour de la reconnaissance semblent pouvoir suffire.
En formule « express », pour finir, avec Alexandre Coutté nous avons essayé de dessiner la perspective de l’hypnose en neuropsychologie, notamment en lien avec la question des démences (Coutté et Bioy, 2014). Un article en écho à celui de Burlaud (2013) sur l’outil hypnose en gériatrie. Une étude est en cours, à suivre…
Iserson (2014) fait un joli plaidoyer concernant l’usage de la suggestion hypnotique en médecine d’urgence. Elle s’interroge aussi sur pourquoi un « sous » usage de l’hypnose dans ce champ. Outre la classique représentation de l’hypnose qui joue souvent en sa défaveur, elle pose aussi la question de l’hypnotisabilité, puisqu’il est important dans cette médecine d’avoir des techniques fiables chez tous. La rapidité des effets permettrait selon l’auteur de gommer cette crainte de techniques qui pourraient ne pas être adaptées chez tous, et que le médecin puisse rapidement s’adapter aux situations présentées.
On connaît à peu près le développement de l’hypnose dans notre pays. Dans les pays voisins, moins, et Grauss nous propose une analyse de l’histoire de l’hypnose en Espagne à l’articulation entre XIXe et XXe siècle. Et notamment des liens entre les spirites et l’hypnose, les premiers pouvant « sponsoriser » la pratique hypnotique pour les personnes les moins favorisées. Une période intéressante à découvrir. Vive l’Europe de l’hypnose !

Références bibliographiques

– Burlaud A., « Hypnose en gériatrie : un outil thérapeutique supplémentaire », NPG Neurologie – Psychiatrie – Gériatrie (2013), 13, pp. 317-320.
) Connors M.H., Barnier A.J., Coltheart M., Langdon R., Cox R.E., Rivolta D., Halligan P.W., « Using hypnosis to disrupt face processing: mirrored-self misidentification delusion and different visual media », Front Hum Neurosci. 2014 Jun 18.
– Coutté A., Bioy A., « Hypnose et neuropsychologie : quelles perspectives cliniques ? », Neurol psychiatr geriatr (2014), http://dx.doi.org/10.1016/j.npg.2014.07.003
– Cramer H., Lauche R., Paul A., « Langhorst J., Kümmel S., Dobos G.J., Hypnosis in Breast Cancer Care: A Systematic Review of Randomized Controlled Trials », Integr Cancer Ther., 2014 Sep. 18.
– Graus A., Hypnosis in Spain (1888-1905): « From spectacle to medical treatment of mediumship », Studies in History and Philosophy of Biological and Biomedical Sciences 48 (2014), pp. 85-93.
– Holdevici I., « Relaxation and hypnosis in reducing anxious-depressive symptoms and insomnia among adults », Procedia – Social and Behavioral Sciences 127 (2014), pp. 586-590.
– Iserson K.V., « An hypnotic suggestion: review of hypnosis for clinical emergency care », The Journal of Emergency Medicine, 2014, Vol. 46, N° 4, pp. 588-596.
– Kekecs Z., Nagy T., Varga K., « The effectiveness of suggestive techniques in reducing postoperative side effects: a meta-analysis of randomized controlled trials », Anesth Analg. 2014 Dec. ;119(6), pp. 1407-1419.
– McBride J.J., Vlieger A.M., Anbar R.D., « Paediatric respiratory reviews », Paediatric Respiratory Reviews 15 (2014), pp. 82-85.
– Sroka G., Arnon Z., Laniado M., Schiff E., Matter I., « Hypnosis-induced mental training improves performance on the Fundamentals of Laparoscopic Surgery (FLS) simulator », Surg Endosc., 2014 Oct. 11.
– Tan G., Rintala D.H., Jensen M.P., Fukui T., Smith D., Williams W., « A randomized controlled trial of hypnosis compared with biofeedback for adults with chronic low back pain », Eur J Pain, 2014 Jun 17, doi: 10.1002/ejp.545.
– Vanhaudenhuyse A., Laureys S., Faymonville M.E., « Neurophysiology of hypnosis », Neurophysiol Clin., 2014 Oct. ; 44(4), pp. 343-353.
– Vuilleumier P., « Brain circuits implicated in psychogenic paralysis in conversion disorders and hypnosis », Neurophysiol Clin., 2014 Oct. ; 44(4), pp. 323-337.
– Wilson T.D., Reinhard D.A., Westgate E.C., Gilbert D.T., Ellerbeck N., Hahn C., & Shaked A. (2014), « Just think: The challenges of the disengaged mind », Science, 345(6192), pp. 75-77.

 

HTB-36-50Article paru dans la revue hypnose et thérapies brèves n°36
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Dernière modification : 9 mars 2015
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