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Actualités de la recherche : Avancées et limites

Par Antoine Bioy, Responsable Scientifique de l’IFH
Professeur de psychopathologie et psychologie médicale (Université de Bourgogne) – Docteur en psychologie clinique attaché au CHU Bicêtre

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Nous commençons cette rubrique par deux jolies publications françaises.
Citons d’abord celle de Patrick Catoire et al. (2013) qui étudient le transfert d’embryons avec une préparation incluant l’hypnose par rapport à une préparation standard (médicament et relaxation). Ils montrent l’absence de différence tant sur le niveau d’anxiété, que sur le ratio de naissance. Mauvaise nouvelle ? Au contraire puisque l’étude plaide pour un usage de l’hypnose, qui possède moins d’effets indésirables que la voie habituelle, pour un résultat identique.
La seconde étude est pilotée par notre amie Pascale Picard (2013), responsable du centre de la douleur de Clermont Ferrand, qui vérifie les bénéfices de l’autohypnose chez un groupe de 30 patientes fibromyalgiques à 6 mois. L’un des intérêts majeurs est de montrer que les stratégies d’adaptation évoluent, et notamment le niveau de catastrophisme, dont on connaît l’importance dans la prise en charge des patients douloureux chroniques. Egalement, le sommeil est amélioré alors que là aussi, l’importance de cette dimension dans le devenir de la douleur chronique est scientifiquement prouvée. On comprend donc aisément que le vécu de ces patientes indique qu’elles perçoivent nettement un changement positif dans leur situation (mesures réalisées à l’aide d’échelles psychométriques).

A noter que cette étude a fait le choix, pour son groupe témoin, de le constituer à partir de patientes sur la liste d’attente du centre. Ce choix, de plus en plus répandu, convient bien aux recherches en hypnose, pour lesquelles la constitution d’un groupe placebo est très complexe à mener. Ici, on compare un groupe avec soins d’un groupe qui va bénéficier de soins, par la même équipe. Ainsi se trouvent à peu près contrôlées des dimensions telles que l’impact de l’attente, l’évolution naturelle de la maladie, etc.

S’il existe encore assez peu d’études qualitatives autour de l’hypnose, cette méthode devrait cependant être la troisième voie à développer à l’avenir, ce qui permettra de donner toute sa plénitude aux recherches en hypnose, puisque cela autorisera une adéquation au patient cliniquement non contrainte par le besoin de standardiser la méthodologie, tout en respectant la démarche scientifique. Ce besoin encore actuel de standardiser les protocoles devient une limite de plus en plus contraignante pour tous. Ainsi, l’équipe d’Irving Kirsch (2013) relève que les protocoles d’induction « en hypnose » de la recherche en neuroimagerie mesurent en fait le seul niveau de suggestibilité et ne permettent pas d’avancer sur certains débats, comme le fait de savoir si l’état hypnotique renvoie à un état de conscience unique, ou plutôt à une famille d’états de conscience. Cela peut paraître accessoire, et pourtant, en recherche si l’objet d’étude n’est pas clairement identifiable, alors c’est soit que l’approche est inappropriée et donc on ne peut plus rien en dire, soit l’aveu que cet objet d’étude n’est qu’une construction sans réalité… Nous faisons ici le lien avec un excellent ouvrage dont nous conseillons la lecture à tous, « Le cerveau n’est pas ce que vous pensez », par trois spécialistes des neurosciences et de la psychologie cognitive. Premier ouvrage érudit, critique, pédagogique et juste sur ce que peut apporter ou non les neurosciences actuelles, et qui lutte contre la tendance actuelle à vouloir faire dire à l’imagerie plus qu’elle ne peut en montrer en réalité.

Signe des temps avec la sortie ce mois-ci du DSM 5 qui remet au goût du jour le modèle du « Big Five » (étude de la personnalité selon 5 dimensions scientifiquement constituées), l’hypnose commence à être étudiée selon cette approche. Un article de Milling et al. (2013) note que l’hypnoanalgésie est plus importante qu’avec d’autres approches chez les patients qui ont un fort niveau en « ouverture vers l’expérience ». L’intention est installée : voir chez quels patients l’hypnose est plus pertinente selon les profils de personnalité. Attendons ce que ces études donneront à l’avenir, mais il est vrai de toute façon qu’imaginer que l’hypnose sera une méthode universellement pertinente serait une idée curieuse. Alors pourquoi ne pas poser directement la question des indications en fonction de la personnalité ? C’est ce que proposent ces auteurs.
Terminons avec le rayon « Histoire », et l’article d’Andrick sur l’hypnose dentaire aux Etats-Unis entre 1890 et 1910 (les dentistes étant les éternels oubliés de l’histoire de l’hypnose alors qu’ils y ont une place centrale). Et deux rayons plus loin, un très bel article de synthèse sur hypnose, anxiété et psychothérapie par l’incontournable Spiegel (2013).

Références bibliographiques

Andrick JM. “Cultivating a “chairside manner”: dental hypnosis, patient management psychology, and the origins of behavioral dentistry in America, 1890–1910”, J Hist Behav Sci, 2013 May 29
Catoire P, Delaunay L, Dannappel T, Baracchini D, Marcadet-Fredet S, Moreau O, Pacaud L, Przyrowski D, Marret E, “Hypnosis versus diazepam for embryo transfer: a randomized controlled study”, Am J Clin Hypn, 2013, Apr;55(4):378-86.
Guillaume F, Tiberghien G, Baudoin JY, Le cerveau n’est pas ce que vous pensez, Presses Universitaires de Grenoble, Grenoble, 2013
Mazzoni G. Venneri A, McGeown WJ, Kirsch I, “Neuroimaging resolution of the altered state hypothesis”, Cortex, 49(2), 400-410
Milling LS, Miller DS, Newsome DL, Necrason ES, “Hypnotic responding and the Five Factor Personality Model: Hypnotic analgesia and Openness to Experience”, Journal of Research in Personality, 2013, 47(1), 128-131.
Picard P, Jusseaume C, Boutet M, Duale C, Mulliez A, Aublet-Cuvellier B, “Hypnosis for management of fibromyalgia”, International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, 2013, 61(1), 111-123.
Spiegel D, “Tranceformations: hypnosis in brain and body”, Depress Anxiety, 30(4): 342-352.

 

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Article paru dans la revue hypnose et thérapies brèves n°30
août/septembre/octobre 2013
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Dernière modification : 19 août 2013
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