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Hypnose Ericksonienne

La pratique de Milton H. Erickson, psychiatre et psychologue, est si connue qu’elle a inspiré de nombreux centres de formation et donné naissance à un courant très largement répandu en France : l’hypnose ericksonienne. Qui est Milton H. Erickson ? Qu’a-t-il apporté dans la pratique de l’hypnose ? Qu’est-ce que l’hypnose ericksonienne ? L’article de Didier Michaux proposé ci-dessous répond à ces différentes questions.

Milton H. Erickson (1901-1980) : un personnage phare de l’hypnose

par Didier Michaux (2011) © Institut Français d’Hypnose

Psychiatre américain, Erickson utilise très tôt l’autohypnose comme un outil dans sa propre lutte contre une paralysie motrice et sensorielle de tout le corps apparue dans le cadre d’une poliomyélite. Avec l’autohypnose, il sortira de cette paralysie ce qui l’amènera à une grande conviction à propos des effets thérapeutiques de la suggestion et de l’hypnose. Milton Erickson va permettre un renouvellement complet de la pratique hypnothérapeutique.

La pratique de l’hypnose avant Milton H. Erickson : l’hypnose directive

Jusqu’aux travaux de Milton Erickson, la pratique hypnotique était fondée sur des suggestions dans lesquelles l’hypnothérapeute proposait directement au patient la solution d’un problème. A un enfant énurétique l’hypnotiseur pouvait suggérer un changement, de façon directe, par une phrase du type : « pendant votre sommeil vous pourrez mieux sentir les réactions de votre corps et particulièrement de votre vessie. Lorsque celle-ci sera pleine elle vous réveillera et vous pourrez sans difficulté vous lever et aller aux toilettes pour la libérer de cette tension ».
Ainsi, le thérapeute intervenait très activement et il semblait nécessaire que ses suggestions s’appuient sur une relation de relative autorité. Les suggestions post-hypnotiques, c’est-à-dire suggérant un changement de réaction en dehors de la séance, s’inscrivaient dans cette perspective : « A votre réveil vous vous sentirez capable de … ». Même si parfois ces pratiques s’avèrent efficaces pour certains patients et pour certains symptômes, elles ne se prêtent pas bien à de nombreuses autres situations où la solution doit venir d’une dynamique permettant au sujet d’accéder à certains aspects de ses difficultés et aussi à ses ressources.

Un tournant dans la pratique de l’hypnothérapie : Erickson et l’hypnose ericksonienne

L’hypnose ericksonienne : Un patient acteur de sa guérison

Avec Erickson, l’hypnothérapeute ne se sent plus dans la nécessité de fournir une solution à son patient. C’est au patient de mettre à profit l’état hypnotique pour accéder à ses ressources intérieures, trop souvent inexploitées. L’idée est que chacun d’entre nous n’utilise qu’une petite partie de nos capacités soit par le hasard de la constellation créée par ses divers choix antérieurs, soit en raison d’un rejet lié à différents problèmes : timidité, peur du conflit etc. Par exemple quelqu’un aura pu mettre de côté une aptitude artistique pouvant lui assurer un mode de vie lui convenant affectivement et choisir une capacité plus raisonnable mais perçue comme «ennuyeuse ». Plus généralement, ce concept de « ressources » correspond à la conception d’un individu doté d’une grande capacité d’adaptation et de changement : modification de la perception de sa douleur, pouvoir d’action sur son état dépressif…

L’hypnose ericksonienne : Les techniques de suggestions indirectes

Par ailleurs, en vue de faciliter le passage à l’hypnose de personnes désireuses d’atteindre cet état tout en étant très résistantes, Milton Erickson va développer une série d’approches facilitant le « lâcher prise ». Il s’agit de la mise en place de formulations diminuant la pression (permissivité des énoncés), et facilitant l’attitude positive du sujet (truisme, yes set, etc.) ou encore désarmant ses résistances (négation, surprise, confusion etc.). Ces différentes façons de procéder souvent taxées de « suggestions indirectes » permettent l’entrée en hypnose de la plupart des sujets. Mais, plus intéressant encore, elles permettent de modifier considérablement la place tenue par l’hypnothérapeute. Ce dernier peut ainsi donner une place active au sujet. Et même si, dans certains cas, des suggestions externes peuvent être la seule solution possible à un moment donné ou pour une situation donnée comme on peut le constater très fréquemment chez Erickson, l’hypnose n’atteint vraiment complètement son objectif que lorsqu’elle sert à la mise en place d’un changement qui vient du patient lui-même. Changement rendu possible par la transe, la relation au thérapeute et l’accès par le sujet à ses propres ressources.

Pour donner une idée de la pratique de l’hypnose ericksonienne, on peut, par exemple, évoquer le travail qu’il met en place avec une de ses patientes. Au lieu de lui proposer une induction centrée directement sur la détente et la concentration, il lui parle de son enfance et particulièrement de cette époque où en classe elle devait apprendre à lire. Cela donne sensiblement cela : « Pouvez-vous vous rappeler de ce tableau noir au milieu du mur dans votre classe ? Et vous vous demandiez comment distinguer les lettre du fond et cela vous paraissait bien difficile de différencier le i et le j, et plus encore le « o » et le « q »… tout cela vous paraissait bien difficile .. et pourtant vous avez su apprendre, apprendre à vous servir de ces lettres puis des mots, et vous avez ainsi d’années en années rencontré différentes choses difficiles que vous avez su apprendre et ainsi vous avez progressé, et vous pouvez laisser votre esprit aller là où il aimerait aller aujourd’hui ».

On peut analyser la technique employée de la façon suivante : au lieu de situer l’attention du sujet dans le contexte de la séance elle est directement engagée dans un imaginaire du passé, un imaginaire comportant une forte charge émotionnelle. Dans ce passé, elle avait su apprendre. L’induction sous-entend qu’elle a toujours en elle cette ressource d’adaptation et de progrès qui va lui permettre d’apprendre tant l’hypnose que de nouveaux comportements nécessaires à sa thérapie. L’engagement dans l’imaginaire qui permet ce passage est un engagement à aller à la rencontre des diverses ressources qui pourront l’aider en ce sens.

(Didier Michaux (2011) © Institut Français d’Hypnose)

> Lire également : Courant thérapeutique : l’hypnose ericksonienne

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Dernière modification : 13 août 2013