|
Entretien
réalisé par Maximilien Bachelart (30/03/11)
Le
site Sciences Humaines propose un entretien mené par
Maximilien Bachelart avec le Dr Isabelle Nègre et le
Dr Chantal Wood, responsables des unités d'évualution
et de traitement de la douleur de l'hôpital Bicêtre
et de l'hôpital Robert Debré. Elles dressent
ensemble le bilan des connaissances actuelles sur la douleur,
des avancées dans sa prise en charge et du rôle
des unités douleurs dans ce contexte.
Isabelle
Nègre rappelle ainsi que la réduction de la
douleur à un symptôme physiologique limite les
possibilités de prise en charge.
Elle explique que l'interprétation que le patient fera
de sa douleur, les peurs qui y sont associées peuvent
exacerber les sensations douloureuses et que le déni
de la douleur de la part des soignants peut entraîner
le patient dans un cercle vicieux.
"Il
est tout à fait inadmissible d'avoir mal, car on peut
venir à bout de la douleur dans 80 à 90 % des
cas. Bien que la douleur soit le motif le plus fréquent
de consultation ou d'hospitalisation, les soignants s'occupent
davantage de la recherche de l'étiologie, c'est à
dire de la cause de cette douleur, que de sa prise en charge."
souligne Isabelle Nègre.
Dans
la prise en charge de la douleur les techniques non-médicamenteuses
sont de plus en plus reconnues explique Chantal Wood. La reconnaissance
de l'influence des émotions et des cognitions sur la
douleur a permis notamment de développer l'usage de
l'hypnose dans les hôpitaux. L'introduction de cette
technique a été facilitée par les études
sur l'hypnose et la douleur à l'aide de l'imagerie
médicale :"Actuellement grâce à l'IRM
fonctionnelle, nous avons les preuves certaines que nos attentes,
nos émotions, notre mémoire, jouent un rôle
sur la physiologie de la douleur".
Dans
ce contexte, les unités douleurs ont un rôle de veille
et d'enseignement au sein des hôpitaux. Parmi leurs
missions : objectiver le ressenti douloureux, le mesurer,
sensibiliser les soignants à la prise en charge de
la douleur. Les unités douleurs interviennent également
dans le traitement des douleurs rebelles. Elles facilitent
également le lien entre le soignants, le psychologue
et le médecin de ville afin de permettre une prise
en charge globale du patient. Comme le précise le Dr
Chantal Wood : "Le problème est de faire comprendre
qu'il n'y a pas d'antinomie. Le travail de chacun, celui du
psychologue et celui du médecin, doit s'intégrer
dans une cohérence et une synergie mutuelle."
Elles
font également le bilan du plan douleur 2006-2010 initié
par le ministère de la santé et soulignent ses
répercussions positives mais évoquent également
leurs inquiétudes quant aux moyens déployés
dans la prise en charge de la douleur suite à l'arrêt
de ce plan : "le travail est loin d'être terminé"
explique Isabelle Nègre "la douleur post-opératoire
n'est pas parfaitement prise en charge et les soignants ne
sont pas encore complètement sensibilisés. Les
regroupements hospitaliers impliquent une diminution des postes,
une diminution des centres anti-douleurs, et la situation
risque de se détériorer au détriment
bien sûr de ceux qu'on appelle maintenant 'les usagers'".
>
Consulter
l''article sur Sciences Humaines
|