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L’hypnose Ericksonienne

par Antoine Bioy, Institut Français d’Hypnose

L’approche ericksonienne a révolutionné la pratique hypnotique. Elle replace le sujet au centre de la pratique, prône une non directivité et accompagne plus que dirige le patient.
L’hypnose ericksonienne est l’approche la plus pratiquée dans les pays occidentaux dans le domaine de l’hypnose. Elle influencera d’autres courants, comme la Programmation Neuro-Linguistique, même si, à bien des égards, ces pratiques restent distinctes.

L’hypnose ericksonienne est axée sur des principes de communication particuliers utilisant par exemple les métaphores ou bien encore les suggestions dites indirectes.
Le praticien entre en contact avec  le monde du patient (croyances, visibilité des éléments favorisant le symptôme, etc.), se met en relation avec lui, et construit des modalités de prise en charge ad hoc. Celle-ci est axée sur le symptôme avant tout, mais le patient est respecté dans sa demande, son rythme, son évolution.

Selon l’approche ericksonienne, l’hypnose apparaît comme un apprentissage qui permet au sujet d’aller trouver ses propres solutions aux conflits, ses propres ressources internes à mobiliser. Ces ressources ont toujours été là, mais la souffrance et un remodelage de la vie du sujet lorsque le symptôme est là, provoquent une levée de défenses qui en bloquent l’accès.

Un équilibre, même s’il est pathogène, a été créé et ne peut se lever facilement : des résistances au changement veillent. Les techniques ericksoniennes vont permettre de les contourner. Pour Erickson, il n’y a pas besoin que le patient soit dans une transe profonde pour qu’il y ait une efficacité de la méthode. Le sujet va spontanément se placer au niveau de profondeur qui lui conviendra le mieux. La méthode est avant tout non directive, mais relève toujours d’une stratégie thérapeutique déterminée.

Le but de la thérapie ericksonienne est toujours le changement, et la méthode une structuration particulière de la communication praticien/patient. Contrairement à la psychanalyse, on ne recherche pas ici ni le sens du symptôme, ni son enracinement passé à ré-associer. Le patient n’est pas non plus passif comme dans les autres modes hypnotiques de prise en charge inventés jusqu’à Erickson. La thérapie est co-construite. Établir le diagnostic revient, du point de vue du thérapeute, à comprendre le monde du patient et pour le sujet à se rendre compte de son symptôme, son expression, ses limites.

Vignette clinique

André vient consulter pour un trouble grandissant du contrôle alimentaire : assez sédentaire, il décrit un phénomène de compensation par  grignotage de toute contrariété professionnelle et personnelle. André a l’impression que cette compensation va grandissante. L’hypnothérapeute écoute André et particulièrement les images qu’il emploie pour décrire ce qu’il se passe. Une expression en particulier attire son attention : « je bouffe mon stress ». Du coup, il demande au patient de s’installer confortablement, lui propose de bien percevoir son environnement jusqu’à ce qu’un état de conscience modifié soit présent. Puis il demande au patient de retrouver le goût qu’a son stress lorsqu’il « le bouffe ». Le patient décrit dans un rictus quelque chose d’amer qu’il doit avaler au plus vite pour ne pas le ressentir, et qui s’accompagne d’un besoin de remplissage. Le praticien lui propose de retrouver d’autres expériences au niveau de la bouche, toute une palette de saveurs et de goûts, pour en conserver une nouvelle qu’il laissera bien présente y compris lorsqu’il « bouffera son stress ». puis de retrouver d’autres sensations au niveau du reste du corps, et de percevoir l’ensemble de son corps en situation de stress et sans stress. La visualisation de différentes situations difficile dans de nouveaux états corporels sera par la suite entrepris, afin de stimuler de nouveaux comportements en situation difficile.

 

Voir également l’article sur Milton H. Erickson